Grýla et les treize Jólasveinar de Dimmuborgir
TrollsNord

Grýla et les treize Jólasveinar de Dimmuborgir

Parmi les laves noires du Mývatn, Dimmuborgir a été adoptée comme demeure de Grýla et des Jólasveinar ; ce lien est surtout moderne, tandis que la légende se forme entre le Moyen Âge et l’époque moderne. ([arnastofnun.is](https://www.arnastofnun.is/is/utgafa-og-gagnasofn/pistlar/nofn-jolasveina))

5 min de lecture Mise à jour

Un château de lave qui semble fait pour cacher un troll

À Dimmuborgir, le paysage n’a pas l’allure d’un simple champ de lave : il ressemble plutôt à une ruine royale, faite de piliers noirs, d’arches, de grottes et de passages que l’imagination lit aussitôt comme des pièces et des couloirs. C’est précisément cette forme, parmi les plus reconnaissables de la région du Mývatn, qui a rendu naturelle l’association avec une demeure cachée et menaçante. Le site est aujourd’hui un monument naturel protégé ; ses formes sont le résultat d’une ancienne coulée de lave, apparue il y a environ 2 300 ans, et la zone est depuis longtemps aménagée comme destination touristique. (ust.is)

Le nom lui-même nourrit l’imagination : Dimmuborgir est expliqué comme « Dark Castles » ou « Dark Cities », et parmi ses formations les plus connues se trouve Kirkjan, l’« Église », une cavité de lave au profil presque architectural. Mais la lecture folklorique ne remplace pas la lecture géologique : la lave reste de la lave, et le récit relève d’un autre plan de réalité, né de la manière dont les êtres humains ont habité et interprété un lieu si inhabituel. (northiceland.is)

Grýla, les enfants de Noël et le chat qui punit ceux qui n’ont pas de vêtements neufs

Dans la version aujourd’hui la plus reconnaissable, Grýla est la mère monstrueuse des treize Jólasveinar, les treize « hommes de Noël » islandais, et le Jólakötturinn, le Chat de Noël, apparaît à leurs côtés. Le récit moderne les présente comme une famille inquiétante et encombrante : Grýla est l’ogresse des montagnes, ses fils arrivent un par un durant les jours qui précèdent Noël, et le chat surveille ceux qui n’ont pas reçu un vêtement neuf à porter. C’est la forme que le XXe siècle a rendue plus stable et plus familière, mais ce n’est pas le point de départ de la tradition. (hi.is)

Pour les Jólasveinar, l’histoire est encore plus mouvante. Les sources les plus anciennes ne les présentent pas comme treize personnages fixes et bienveillants : dans les textes folkloriques, ils sont souvent agités, mal élevés, redoutés des enfants et parfois liés à la peur du vol ou de la punition hivernale. Ce n’est que plus tard qu’ils deviennent des figures plus apprivoisées ; le tournant décisif survient avec Jóhannes úr Kötlum, qui publie en 1932 les célèbres poèmes sur les Jólasveinar et fixe les treize noms les plus connus aujourd’hui, bien qu’avec quelques variantes par rapport à la tradition antérieure. (arnastofnun.is)

D’où vient réellement cette famille inquiétante

Ici, la chronologie compte davantage que l’effet scénique. Le nom de Grýla est attesté à l’époque médiévale dans des contextes non liés à Noël, et il apparaît aussi en Islande dans une liste de noms de créatures féminines monstrueuses ; son association spécifique avec Noël est en revanche bien plus tardive et s’affirme dans les sources de la fin du XVIIe siècle. Il en va de même pour le terme jólasveinn : le mot n’apparaît par écrit qu’à la fin du XVIIe siècle, dans un Grýlukvæði attribué à Stefán Ólafsson, où les Jólasveinar sont les fils de Grýla et de Leppalúði. (hi.is)

La tradition orale elle-même n’a jamais été univoque. Certains recueils évoquent un nombre variable d’esprits ou une généalogie moins stable ; d’autres versions, surtout issues de l’est de l’Islande, racontent que les Jólasveinar arrivent de la mer sur des bateaux en peau de phoque, plutôt que de descendre des montagnes. Cette diversité n’affaiblit pas la légende : elle montre au contraire que la famille de Grýla a longtemps circulé comme un ensemble de figures mobiles, adaptées à diverses régions et à divers contextes avant d’être fixées dans la forme aujourd’hui la plus répandue. (arnastofnun.is)

Pourquoi précisément Dimmuborgir

Le point le plus important pour lire Dimmuborgir sans forcer l’interprétation est le suivant : le lien avec Grýla et les Jólasveinar est réel en tant qu’association culturelle contemporaine, mais il ne faut pas le faire remonter dans le temps comme s’il constituait une preuve médiévale. Les sources qui établissent l’histoire du nom de Grýla et l’évolution des Jólasveinar ne placent pas Dimmuborgir au centre du récit ; la connexion avec le champ de lave est plutôt renforcée par le tourisme, la médiation locale et la promotion saisonnière. Une analyse du tourisme dans le nord de l’Islande observe explicitement que les acteurs du marketing présentent les Jólasveinar comme des habitants de la zone protégée de Dimmuborgir. (ferdamalastofa.is)

Cela dit, l’association fonctionne parce que le paysage l’étaye. Dimmuborgir est fait de structures qui ressemblent à des abris, des châteaux et des entrées secrètes ; un tel lieu n’a pas besoin de beaucoup d’invention pour devenir la maison d’une famille de trolls. La légende contemporaine ne naît pas de rien, mais s’appuie sur un toponyme qui sonne déjà comme un seuil, et sur une architecture naturelle qui semble construite pour dissimuler des présences hostiles. (ust.is)

Ce que l’on lit encore aujourd’hui sur le terrain

Dans le paysage du Mývatn subsiste aussi une autre trace, plus discrète mais plus ancienne que le récit touristique : le nom de Grýla est présent dans plusieurs toponymes islandais, et dans la région de Mývatnssveit se trouve Stóra-Grýla, un grand rocher de lave près de Geirastaðir, ainsi que d’autres lieux appelés Grýluklettar. L’étude toponymique de l’Árnastofnun suggère que ces noms ont pu servir de barnafælur, des noms employés pour tenir les enfants éloignés de lieux dangereux. En ce sens, Dimmuborgir n’est pas le seul endroit du nord de l’Islande à avoir été associé à Grýla : c’est toutefois celui où la lecture folklorique et le décor naturel coïncident aujourd’hui avec le plus de force. (arnastofnun.is)

Les visiteurs du site peuvent encore reconnaître cette double lecture : d’une part le monument naturel, qui doit être respecté en restant sur les sentiers balisés et sans endommager les formations ; d’autre part la mémoire culturelle, qui en hiver réactive le nom de Grýla et des Jólasveinar et transforme le champ de lave en demeure narrative. C’est un cas rare où le paysage n’illustre pas le mythe : il l’accueille, le resserre, le rend crédible. (ust.is)

§

Où se déroule l'histoire

65.5956° N · 16.9098° W

Chargement de la carte

Nous centrons la carte sur Grýla et les treize Jólasveinar de Dimmuborgir et plaçons le point exact.

Chargement de la carte et des contrôles…